Louis Duchatel


• Durée d'activité à Tournai

1855 - 1873

• Implantations à Tournai

Rue des Campeaux, 9

Quai Saint-Brice, 13

 

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Louis Joseph Duchatel est né en 1811 à La Bassée, commune du Nord de la France.

Premiers pas en photographie

En 1855, il habite à Tournai, au 13 du quai Saint-Brice. En juillet de cette année, il s’essaie à la photographie. Le succès est au rendez-vous : les vues de Tournai qu’il expose dans les vitrines des commerçants suscitent l’intérêt des curieux et la qualité de ses portraits force l’admiration du public.

En décembre 1855, fort de son savoir-faire, il ouvre un atelier de photographie en son domicile. Il propose à sa clientèle l’éventail classique de la photo de l’époque : portraits individuels et de groupe, vues, reproductions de tableaux, statues ou autres.

En mai 1856, ne disposant pas d’espace professionnel adéquat, il transfère son atelier à l’estaminet de la Couronne, au 9 de la rue des Campeaux.

En mars 1858, il est nommé maître de calligraphie à l’Athénée royal (actuellement Jules Bara). Le poste a été déclaré vacant dès octobre 1855 et Duchatel occupe cette fonction depuis au moins l’année académique 1856-1857.

L’essor

La décennie ’60 s’ouvre sur des événements qui marqueront la vie de Duchatel.

Sur le plan privé d’abord, Duchatel se marie. Le 23 mai 1860, il épouse une voisine, Philippine Aimée Bozière, sœur de François Bozière, l’auteur de « Tournai ancien et moderne » . Duchatel collaborera d’ailleurs à l’ouvrage en fournissant deux photos.

Sur le plan professionnel, Duchatel cumule les activités de maître de calligraphie et de photographe. Il est probable que jusque vers 1860, son métier d’enseignant constitue encore son principal gagne-pain.

En septembre 1861, Duchatel installe de nouveau son atelier au quai Saint-Brice. Il en profite pour le réaménager selon les standards professionnels de l’époque : exposé au nord, disponible par tout temps et destiné au portrait.

En octobre 1861, il quitte sa fonction d'enseignant et se consacre exclusivement à la photographie. Son commerce est lancé ! Pour s’assurer une clientèle constante, il en fait une publicité systématique dans la presse locale. Ses annonces mentionnent clairement la production et les prix de photos dites « cartes de visite ».

Le portrait carte de visite

La nouvelle installation de Duchatel à Tournai coïncide quasiment avec l’arrivée du portrait carte de visite en Belgique. Ce petit format, commercialisé depuis 1854 par le photographe parisien Disdéri, connaît un franc succès auprès des classes aisées. Celles-ci y voient un vecteur de reconnaissance sociale. Duchatel, en tant que premier photographe tournaisien à demeure, participe activement à la diffusion de cette pratique.

Devant l’objectif, bourgeois, aristocrates, ecclésiastiques ou militaires adoptent des attitudes hiératiques et impressionnent par leur solennité. Dans un décor minimaliste, ils trônent dans un immobilisme académique, sobre et rigide. Parfois, leur pose s’assouplit lorsqu’ils s’appuient sur un meuble ou une balustrade, mais l’absence de sourire rappelle immanquablement le sérieux du moment.

Duchatel produit des portraits principalement en pied, qu’il recadre parfois en plan 3/4, en buste ou au niveau du visage. Dans les deux derniers cas, il prend soin d'estomper les contours par un dégradé. Très exceptionnellement, il colorie ses photos.

La mise en scène de la clientèle appelle également l’utilisation d’accessoires. Selon les photos, on retrouvera des éléments d’architecture (balustrade, colonne à base carrée), d’aménagement intérieur (chaise, table, meuble, fauteuil) ou de décoration (rideau, fleurs).

Pour parfaire la composition, ces ornements sont aussi associés à des décors peints. Pour ce faire, trois toiles contribuent à créer l’illusion.

La première, un simple paravent, évoque la vision d’une fenêtre ouverte sur une terrasse menant à un escalier. La deuxième imite un mur garni en sa partie inférieure de caissons de bois. La troisième, plus élaborée, représente une vue extérieure. Elle combine en avant-plan une gloriette et une colonne surmontée d’un pot de fleur ; en arrière-plan, un cours d’eau serpente dans des collines boisées. Ces éléments proches ou lointains permettent à Duchatel de varier ses cadrages et d’exploiter ainsi différents points de vue. Enfin, un fond clair et uni, idéal pour les portraits détourés, est utilisé.

Une décennie de production

Tandis que Duchatel se forge une réputation, Guillaume Gytier, vitrier-encadreur, ouvre en 1862 un atelier photographique. Cette concurrence ne fera toutefois pas souffrir Duchatel : Gytier réalise peu de photos et poursuit principalement son activité première, la vente d’articles en verre et d’objets décoratifs.

La liste des photographes tournaisiens s’étoffe encore durant les années 1864-1865 : Prud’homme, Jules Vincent et Gauthier-Rincy ouvrent d’éphémères studios. Théophile Brackelaire, originaire de Renaix, s’installe quant à lui à l’enclos Saint-Martin. La production du nouveau venu est importante, mais n’affecte pas celle de Duchatel.

Il est vrai que celui-ci est maintenant connu et bien établi. De plus, le marché qui s’élargit au fil du temps permet aux trois portraitistes (Duchatel, Gytier, Brackelaire) de vivre de leur art. Durant plusieurs années, leurs commerces coexistent, tout comme leurs publicités paraissent simultanément dans la presse locale. Celles de Duchatel s’arrêtent pourtant en 1873. Est-ce là l’indice de l’arrêt de ses activités ? On peut le supposer ; le photographe a alors 62 ans.

Son atelier connaît néanmoins des exploitations sporadiques. Dans la décennie 1880, les photographes Levaque et Bourdon y établissent successivement leur studio.

Duchatel termine sa vie à la rue du Monnel. Son épouse décède en 1892, lui-même en 1893, sans laisser de descendance directe. Ses biens sont mis en vente publique peu après, à la demande de ses héritiers.

Comme témoignage posthume, il nous lègue une importante production, variée et de belle qualité. Ses portraits ont garni les albums de famille pendant plusieurs générations. Aujourd’hui, ils perpétuent le souvenir - ou au moins le nom - de celui qui fut le pionnier de la photographie commerciale à Tournai.

Source : « Photographes professionnels à Tournai au XIXe siècle »